Dans un post précédent je vous narrais le parcours en PMA pour arriver à tomber enceinte. Après le transfert de 3 embryons, deux se sont accrochés. Les toutes premières échos étaient encourageantes. Mais j'avais de très fortes douleurs (principalement dues à l'intervention chirurgicale pour la fiv) et quelques pertes. Du coup, quasiment dès le départ, à 1 mois et demi de grossesse, j'ai été arrêtée.
Un soir, Chéri-chéri faisait un tournoi de tennis et moi je regardais la télé (des séries américaines très certainement). Soudain je sens du liquide chaud couler entre mes jambes. N'étant pas sujette à l'incontinence, je me précipite aux toilettes. Et là, horreur, c'est du sang, mais ce ne sont pas de simples pertes cette fois. Il s'agit plutôt de règles abondantes! Bien évidemment le désespoir m'atteint. La panique aussi un peu. J'appelle Chéri-chéri. Je n'arrive pas à le joindre. Au final je joins des amis qui n'habitent pas loin de la maison afin qu'ils me conduisent aux urgences.
Flanquée d'une couche ultra absorbante pour la nuit, nous allons à l'hôpital. Moi je pleure comme une madeleine. Notre copain F. me dit de ne pas m'alarmer. Sa femme, M-L, a eu des pertes à plus de 3 mois de grossesse. Il ne s'est rien passé de plus. Eux aussi s'étaient rendus aux urgences, et au final la grossesse s'était poursuivie sans problème.
Aux urgences je fais les papiers d'admission. F reste avec moi jusqu'à l'arrivée de Chéri-chéri. Quand ce dernier arrive, il est aux quatre cent coups et surtout il culpabilise à mort de ne pas avoir été là. Cela n'aurait rien changé aux faits pourtant.
On est aux urgences, et on attend. On attend. Et je sens que ça coule. C'est horrible. Enceinte de presque 3 mois (les trois mois fatidiques qu'il faut passer pour éviter les plus gros risques de fausses couches) je me vide de sang.
Il est très tard (ou plus tôt très tôt) quand c'est enfin à nous. Ce soir là il y a eu des urgences plus importantes que la nôtre comme des césariennes non programmées. Durant l'examen Chéri-chéri n'a pas pu rester. La vue du sang lui retournant déjà l'estomac en temps normal, alors là, voir tout ça... C'était trop pour lui. Donc examen normal. Échographie normale aussi. On voit bien les deux petits cœurs qui battent, mais la sage-femme n'arrive pas à voir, à dire, si l'un des deux ou les deux se sont décollés.
J'ai rendez-vous pour un contrôle avec ma gynéco d'ici huit jours. A l'hôpital ils me disent que s'il s'agit d'une fausse couche de toutes manières on ne peut rien faire. Il faudrait refaire un contrôle échographique d'ici une semaine, donc mon rendez-vous fera parfaitement l'affaire.
Le temps passe (mais lentement, si lentement). Les saignements se tarissent, mais mon cœur continue de pleurer. Et je continue d'angoisser.
Rendez-vous chez la gynéco. Chéri-chéri est avec moi, bien évidemment. Echographie. Verdict sans appel. Une des deux poches n'a pas évolué. Le petit être qui se trouvait à l'intérieur n'a pas grossi depuis la dernière écho, et son petit cœur ne bat plus. Fausse couche. Il s'est détaché du placenta. L'autre semble se développer normalement par contre. On garde espoir bien qu'une énorme souffrance demeure.
Il faut "juste" maintenant que je n'ai pas trop de contractions, car il ne faut pas que j'évacue la poche où l'embryon n'a pas évolué. Les contractions pouvant entraîner avec elles la perte de l'autre poche, celle où il y a un petit cœur qui bat encore.
Les semaines vont s'enchaîner. Les petits tracas aussi.
Tout d'abord il y a des maux tout à fait normaux pour une femme enceinte:
- j'ai des nausées. Matin ou soir, peu importe, je vomis 4-5 fois par jour. Parfois il suffit d'une odeur qui m'était familière et pas désagréable à la basse (mon liquide vaisselle, le parfum de mon papa, ...) pour me déclencher des nausées. C'en est même douloureux à force. Je ne peux pas manger grand chose, cela repart, alors je mange des choses qui soit ne me font pas mal quand elles repartent, soit sont vite digérées. Je n'arrive pas à boire d'eau non plus. Du coup, grosse cure de sunday au chocolat, sans cacahouète, et ingestion de schweppes en grande quantité également. Mais je ne grossis pas, je vomis!
- je ne suis pas immunisée contre la toxoplasmose. Je dois donc laver les crudités de façon très soigneuse et la viande rouge saignante, ou même à point, m'est proscrite.
- les fromages au lait crus sont eux aussi bannis de mon alimentation.
- tout comme l'alcool et les excitants tels que le café ou le thé. Mais là, pas de frustration, je ne suis pas du tout une grande consommatrice.
- de même pour la cigarette puisque je n'ai jamais fumé.
- les douleurs au bas ventre (dues à la FIV) sont terminées, par contre j'ai bien quelques contractions.
Chaque jour de passé est une victoire. On s'accroche.
Avec la prise de sang, le risque d'avoir un enfant trisomique semble écarté. Mais le résultat n'est pas fiable à 100%. Nous verrons donc à la naissance.
Chéri-chéri souffre en silence. Il ne ressent rien dans son ventre. Il ne peut rien faire à part être spectateur. Il me voit faire des grimaces. Il me voit fatiguée. Il s'inquiète pour moi et pour le bébé. Cette inaction le terrifie et le met en colère.
Il faut être patient et espérer que cette grossesse sera menée à terme.
Vers les 4 mois et demi j'arrête de vomir. Et donc... je me mets à grossir. Presque 9 kg en 1 mois. Et cette forte prise de poids s'accompagne immanquablement d'un diabète gestationnel. Allez, c'est reparti pour de nouveaux rendez-vous médicaux. Notamment avec nutritionniste, psychologue, sage-femme. Qu'en est-il pour le bébé? Qu'en est-il pour moi? Quel ressenti est-ce que j'éprouve? Et des tas d'autres questions.
Première mesure: un régime s'impose. Un contrôle de la glycémie avant le repas et deux heures après aussi. On appelle cela un dextrose. On se pique le doigt et on prélève une goutte de sang qui, grâce à une petite machine, nous indique notre taux de glycémie. Et ensuite c'est une savante réflexion pour composer des menus avec ce que l'on peut manger ou ce qui est interdit, et surtout en quelle proportion, et comment associer tel ou tel aliment.
Le plus gros risque avec le diabète de grossesse c'est que le bébé soit anormalement gros et que ses épaules ne passent pas à l'accouchement par voie basse, ce qui peut entraîner une luxation des épaules lors de sa sortie, ou nécessiter une césarienne. C'est pour cela que suivant la taille de notre bébé, un accouchement déclenché peut être envisagé. Enfin déclenché certes mais pas trop tôt quand même. Il faut au moins attendre 37 semaines de grossesse.
De plus, le bébé, après la naissance, peut faire de l'hypoglycémie s'il a été trop habitué à avoir du sucre. Conclusion: le diabète est à éviter.
Heureusement avec un régime j'arrive à réguler mon taux de sucre, je maîtrise mon diabète. Bien-sûr cela passe par quelques interdictions, et donc quelques frustrations, mais peu importe, cela en vaut le coup tout de même.
C'est aussi à ce moment là que l'on apprend le sexe de notre futur bébé: un petit gars. Nous sommes ravis. Mais s'il s'était agi d'une fille, nous aurions été tout aussi heureux. Quand on passe par de telles épreuves, c'est un enfant que l'on veut. Pas forcément une fille ou un garçon.
Juste un bébé à nous, en bonne santé.
Là on se dit que cette fois, la grossesse, malgré ses aléas, va se poursuivre normalement, sans souci supplémentaire. Et bien non. Lors d'un contrôle mensuel l'obstétricien remarque que je n'ai pas beaucoup de liquide amniotique. Résultat surprenant, surtout quand on fait du diabète de grossesse, car d'habitude, dans ce cas là, on a plus de liquide, au contraire.
Crainte d'une poche des eaux fissurées. Autre contrôle échographique, monitoring, et examen du col. Tout est OK, mais du coup j'ai une écho en plus dans les 2 semaines qui suivent.
Cette écho révèlera que désormais il y a assez de liquide. Mais la fois suivante ( donc 2 semaines encore plus tard) il manquera à nouveau du liquide, pour que deux semaines plus tard il y en ait assez. La quantité de liquide fluctue, c'est normal. Mais encore une fois nous aurons eu des frayeurs et des questionnements quant aux risques qu'encourait notre bébé avec tel ou tel symptôme.
A part cela bébé grandit bien. Toutes les mesures indiquent un gabarit moyen. Il est au milieu des courbes. Pas de malformation visible aux échos.
Les contractions continuent toujours. Tout au long de ma grossesse j'en aurais eu. Mais elles n'ont jamais été suffisamment fortes pour me faire expulser le placenta vide ni celui de notre bébé.
Et voilà qu'avec un mois d'avance, petit bonhomme pointe le bout de son nez. Mais ça c'est une autre histoire que je vous raconterai une autre fois.
vendredi 19 février 2010
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